« Dello scoprimento fatto sotto il Polo artico » : le voyage des frères Zeno

En 1558, le Vénitien Niccolo Zeno (1515-1565) fait publier le récit des voyages que deux de ses ancêtres, les amiraux Niccolo et Antonio Zeno, auraient entrepris dans l’Atlantique nord à la fin du XIVe siècle , ainsi qu’une « Carta da navegar » décrivant les terres explorées à cette occasion.

[...] Cette relation de voyage, rédigée sous forme épistolaire entre les frères Zeno, nous présente des mers septentrionales peuplées de terres nouvelles. En 1390, Niccolo Zeno l’ainé fait route vers l’Angleterre, mais fait naufrage sur l’île du Frisland, où il est recueilli par le prince des lieux, qui fait de lui l’amiral de sa flotte. Après avoir exploré les îles Shetland et le Groenland, Niccolo meurt en 1396, et son frère Antonio prend sa place au Frisland (en réalité, Niccolo est mort à Venise au début du XVe siècle).

Antonio Zeno, informé de l’existence de terres sauvages au sud-ouest du Groenland, l’Estotiland et le Drogeo, part les explorer, découvrant en route l’Icarie. Au fil du temps, on a essayé de découvrir quels territoires pouvaient se trouver ainsi décrits. Une hypothèse encore défendue par certains aujourd’hui est que le Frisland ferait référence aux iles Féroé, l’Estotiland au Labrador et le Drogeo à Terre-Neuve : selon cette interprétation, les frères Zeno auraient ainsi navigué jusqu’à l’Amérique avant Christophe Colomb… Toutefois, il est sans doute plus vraisemblable de penser que ce récit de voyage et la carte l’accompagnant sont des créations de leur auteur au XVIe siècle, réalisés à partir de travaux alors disponibles. [...]

carte Zéno
Carte des frères Zeno.

Il est intéressant de constater qu’Estotiland et Drogeo, présentés comme des îles par Zeno, sont très tôt retranscrits comme des territoires américains, au Nord-Est du continent. Cette localisation a été durablement défendue par les Vénitiens. Au XVIIIe siècle, l’abbé Formaleoni parle d’une gloire volée par Colomb aux frères Zeno : « gloria per altro nom sua ; poiche rapita anch’essa ai nostri Zeni ». En effet, si Antonio Zeno avait réellement abordé le continent américain vers 1400, Venise aurait alors damé le pion à sa grande rivale maritime, Gênes, patrie de Christophe Colomb ! Ce sont sans doute ces considérations politiques qui ont poussé Niccolo Zeno à élaborer sa mystification littéraire et géographique. [...]

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