Toulouse, 1779 : Deux hommes étouffés dans une fosse à matière fécale

Cette anecdote est rapportée par le toulousain Pierre Barthès, auteur des Heures perdues, mémoires s’étalant de 1737 à 1780 destinées à transmettre à la postérité les événements mémorables survenus à Toulouse et les environs. Il raconte, en 1779, comment deux hommes trouvèrent la mort dans une fosse à merde en allant chercher de l’argent qui y était tombé (transcription ci-dessous).

événement malheureux


Transcription :

« Le 19e de ce mois [juillet], dans la rue des Filatiers à la maison du sieur Mailhol agent de change, un commis d’un marchand qui y demeure, ayant tombé dans les latrines deux écus de 6 livres. Se disposant d’aller chercher un gadouart [homme chargé de vidanger les fosses] pour lever la pierre du lieu, et tacher d’en retirer cet argent, le hazard voulut que dans ce moment le maçon qui avoit fait avec un sien frère la voute de ce commun se trouvant à passer, s’offrit pour cette expédition moyennant 40 sous et un bouteille de vin. Mais ayant bezoin d’un second pour luy aider, il ne tarda pas à le trouver dans la personne de son frère que la fatalité de son sort disposa à passer dans cette rue, et qu’il arrêta pour travailler avec son aîné qui, ayant levé la pierre, et étant descendu ne donna plus aucun signe de vie, étant tombé dans la matière étouffé subitement par la malignité de la vapeur qui exhaloit ce lieu. Les assistans surpris d’un silence si long, et son cadet plus que les autres, voulut descendre pour secourir son frère mais il subit le même sort ; et demeura étouffé sur l’autre. On y fit descendre un gadouart attaché avec une corde, lequel auroit peri bien vite à demy mort ayant bezoin des secours qu’on luy donna pour le rappeler à la vie, on retira les deux cadavres dans un état affreux et qu’on se disposa à ensevelir. Ainsy périrent ces deux hommes tous deux mariés demeurant au fauxbourg St Aubin hors la porte St Etienne, tous deux beaus hommes à la fleur de leur âge, l’aîné n’ayant pas passé 40 ans, fort riche, comme on l’a dit, laissant leurs familles désolées de la perte de leur chef, et d’une mort si funeste et si horrible. »

Pierre Barthès, Les Heures perdues…, volume huit, pp. 2-3.

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