Patrick Garcia : « Les programmes d’histoire sont de plus en plus ambitieux »

Patrick Garcia est maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise et chercheur à l’Institut d’histoire du temps présent. Dans L’Enseignement de l’histoire en France de l’Ancien Régime à nos jours (Armand Colin, 2003), écrit en collaboration avec Jean Leduc, il a analysé l’évolution et les enjeux de l’étude de l’histoire à l’école. Entretien.

[...] La difficulté d’aujourd’hui n’est-elle pas liée à l’entrechoquement entre des programmes d’histoire exigeants, posant des problématiques que l’on traitait, il y a vingt ans, à l’université, et l’ambition d’amener 80 % d’une classe d’âge au bac ?
Plus on avance dans le temps et plus les programmes sont ambitieux, car la façon de poser les questions se complexifie. L’institution scolaire est travaillée par un double objectif : amener le plus grand nombre possible d’élèves à la réussite et maintenir le lien avec des savoirs de référence de plus en plus sophistiqués. Pour l’histoire, l’adaptation scolaire de la conception contemporaine du savoir historique est un défi. Il ne s’agit plus seulement d’enseigner des faits, mais de faire comprendre que nous saisissons le passé grâce à des interprétations contraintes par les sources dont nous disposons. [...]

La République a-t-elle eu quelque difficulté à évoquer l’Ancien Régime ?
Non, l’histoire est d’abord conçue comme la discipline de la continuité nationale. L’Ancien Régime et l’oeuvre des rois sont alors enseignés sans esprit antimonarchique. Gabriel Monod, en 1876, écrit qu’il faut que l’histoire permette aux Français de se sentir « tous fils de la vieille France, et en même temps tous citoyens au même titre de la France moderne ». [...]

Le Monde

Note de la rédaction du blog : A propos de l’enseignement de l’Ancien Régime à la fin du XIXe siècle et même au-delà, Jacques Heers donne un autre son de cloche : « Au lendemain du Premier Empire et de la Restauration, l’école historique française s’est à nouveau inscrite, d’une façon aussi virulente, dans un courant « républicain » délibérément hostile à l’Ancien Régime. Nombre d’auteurs, et non des moindres, de ceux dont nous citons toujours les noms avec une sorte de révérence émue, s’employèrent alors à dénoncer les méfaits des nobles et des seigneurs, de la féodalité ; plus, maintenant, du pouvoir royal lui-même. » (Le Moyen Âge, une imposture, Paris, Perrin, éd. 2008, p. 135). Lorsque des personnalités de l’Ancien Régime étaient présentes et « célébrées » dans les manuels scolaires des années 1880-1890, il s’agissait souvent de personnalités jugées « républicano-compatibles » tels Henri IV et Vauban (auteur de La Dîme royale, ouvrage proposant d’instaurer un impôt reposant sur tous les corps de la société, y compris privilégiés, ce qui entraîna sa disgrâce).

Commentaires mis en avant (1)

  • La République a-t-elle eu quelque difficulté à évoquer l’Ancien Régime ?

    Non, l’histoire est d’abord conçue comme la discipline de la continuité nationale. L’Ancien Régime et l’oeuvre des rois sont alors enseignés sans esprit antimonarchique.

    —-
    Il suffit d’ouvrir l’Histoire de France, Cours élémentaire, 1914, 4e édition, 260e mille, p. 121, celle de Lavisse, le grand historien Lavisse célébré par tout le monde.

    « Chapitre Quinze. Les injustices qu’il y avait en France.

    1. Un mauvais roi. – Louis Quinze devint roi à cinq ans. C’était un enfant très joli. Il avait des grands yeux noirs avec des cils qui frisaient.
    Il fut gâté pendant son enfance. Ses maîtres ne l’obligeaient pas à travailler. Le maître qui venait lui apprendre le latin apportait un jeu de cartes et il le faisait jouer quand la leçon paraissait l’ennuyer. Vous voyez (sur la gravure) que le petit roi a jeté ses livres par tere et qu’il lève sa carte avec plaisir.
    Il n’était pas bon. Il s’amusait à égorger des oiseaux. Il avait une biche apprivoisée qui leur faisait des caresses. Un jour, il tira sur elle un coup de fusil et la tua.
    Il ne devint pas meilleur en grandissant. Très égoïste, il n’aima jamais que lui. Il resta très paresseux et ne s’occupa que de ses plaisirs.
    Avant lui, la France était le premier pays du monde. Par sa faute, elle perdit beaucoup de sa puissance. Louis Quinze a été le plus mauvais roi de France.

    2. La misère des paysans. Sous le mauvais roi Louis XV, les Français commencèrent à se plaindre de beaucoup de choses.(…)
    Quand un paysan était en train de labourer, le seigneur pouvait l’envoyer chercher. Alors le pauvre homme quittait sa charrue. Il allait au château, et le seigneur le faisait travailler à n’importe quoi.
    Quand le paysan avait fait sa moisson, il était obligé d’en donner une partie à son seigneur et l’autre partie au curé.
    Il payait aussi des impôts au seigneur et il en payait au roi. Il ne lui restait presque plus d’argent pour lui.
    Regardez (sur la gravure) une famille de paysans en train de dîner. De mauvaises planches posées sur des tréteaux servent de table. Au milieu de la table est une marmite. Les pauvres gens y puisent avec une cuillers de bois. Ce qu’ils mangent, c’est une bouillie d’avoine ou bien de seigle, ou bien de chataîgnes. Le pain qu’ils mangent était du pain noir.
    Pourtant, c’étaient les paysans qui labouraient la terre, qui semaient le blé et le récoltaient. Ils nourrissaient le royaume. C’était une injustice de les laisser dans la misère.
    (…)
    5. La prison sans jugement. – Peut-être avez-vous vu passer un homme entre deux gendarmes qui le conduisent en prison.
    Quand l’homme est en prison, on lui dit pourquoi on l’y a mené. On le conduit devant les juges. On l’interroge; il répond. Si il est condamné, il sait à quoi on le condamne, par exemple à huit jours de prison, ou bien un an, ou bien dix ans.
    Autrefois, le roi avait le droit de faire mettre des gens en prison sans dire pourquoi, sans les faire juger, et sans dire pour combien de temps.
    Vous voyez (sur la gravure) un carosse devant une porte et des mousquetaires à cheval devant et derrière le carosse. Un homme sort de la maison entre eux soldats. On va le conduire en prison par ordre du roi. Cet homme n’a pas tué, il n’a pas volé. Il a seulement dit des choses qui ont déplu au oi ou bien à un seigneur.
    Il restera en prison sans être jugé. Il y restera quelques ms, ou quelques années ou toujours.

    6. Le roi faisait tout ce qu’il voulait. – Le roi de France faisait tout ce u’il voulait, personne n’avait le droit de l’en empêchr.
    Les princes et les princesses de la famille royale avaient beaucoup de serviteurs. Des enfants de votre âge étaient servis par quatre-vingt mille personnes.
    Le roi avait dans son écurie plus de deux mille chevaux, et deux cent voitures dans ses emises.
    Il fallait des millions pour nourrir, loger et payer cette foule de gens qui vivaient à ne rien faire.
    Le roi ne s’en inquiétait pas. Il demandait à son peuple autant d’argent qu’il voulait, et son peuple tait obligé de payer.
    (…)

    Livre six. La révolution.

    Chapitre seize. Le commencement de la révolution.

    1. La faiblesse du roi Louis Seize. – Louis seize avait un bon coeur. Il aurait voulu voir tout le monde heureux dans son royaume.
    Mais il était bien jeune, il n’avait que vingt ans. Puis il n’était pas intelligent.
    Son plus grand plaisir était de chasser. Il chassait plusieurs heures tous les jours.
    Il s’amusait aussi à forger le fer. Vous le voyez travailler dans une salle arrangée en atelier (sur la gravure, on voit un homme d’une quarantaine d’année avec perruque blanche et habit royal recouvert d’un tablier de cuir, devant un billot de bois portant un grosse enclume sur laquelle il martèle une pièce de fer avec un gros marteau. derrière, une cheminée de forge avec un très grand soufflet actionné par un jeune homme, un établi avec tout le matériel, des baquets d’eau)

    Il avait besoin de se donner de l’exercice parce qu’il était gros et qu’il mangeait trop.
    Le pire, c’est qu’il n’avait pas de volonté. Il ne savait se décider à rien. Il était toujours de l’avis de la dernière personne qui lui parlait.
    Il n’était pas fait pour être roi. Ce fut un grand malheur pour lui de devenir roi de France. »

    Presque tout est faux dans cet exposé qui n’est qu’une propagande délirante contre la royauté. Pour ne relever qu’une erreur, les rois de France apprenaient tous un art mécanique (un métier manuel), pour Louis XVI, ce fut la serrurerie, c’est-à- dire le travail du fer, des pièces mécaniques, l’horlogerie. C’était quand ils étaient jeunes, pas à 40 ans. Pour Louis XV ce métier manuel fut la gravure sur cuivre, et l’imprimerie. Il dessinait très bien. Aussi bien Louis XV que Louis XVI étaient extrêmement instruits et travailleurs. Louis XVI avait un savoir de géographe et d’ingénieur très étendu. Il s’est passionné pour les expéditions comme celle de La Pérouse. La chasse était le moyen d’apprentissage et d’entraînement des nobles et des princes aux exercices de la guerre, aux chevauchées, au maniement des ares blanches, etc.. Absolument indispensable pour pouvoir faire une carrière aux armées.

    Le siècle de Louis XV et de Louis XVI sont une apogée dans tous les domaines, prospérité, arts, sciences, diplomatie, la France était en 1789 le pays le plus prospère, le plus paisible, le plus moderne et le plus puissant du monde.

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